Mon accouchement

Arrivée aux urgences de la maternité, l’on m’installe directement dans une salle d’accouchement.

L’on me place le monitoring. Première fréquence cardiaque trouvée… Puis finalement la doctoresse continue à tripoter le monitoring. Un long silence s’installe.

Elle se tourne vers moi et m’informe qu’elle ne trouve pas de fréquence cardiaque. Je me retourne vers mon mari… Il ne comprend pas. Moi non plus. Dans ma tête je me dis : « Ben cherche connasse! »

Puis là c’est la descende au enfer. Tout s’écroule autour de moi. Le temps d’un instant, je me dis dans ma tête : faites quelque chose, réanimait là! VITE!

Les médecins nous expliquent que je ne suis pas en travail et qu’ils vont provoquer l’accouchement. L’anesthésiste vient me poser la péridurale. Une péridurale +++. Contrairement à celle de mon premier accouchement je ne sens plus aucune douleur.

Je suis tétanisée, je n’ai aucune réaction. Pas de larme. Rien. Mais au fond de moi je suis détruite.

Dans ma tête, à ce moment-là, beaucoup de choses se passent. Je suis dans le déni total. Je me rappelle avoir souhaité qu’elle n’ait jamais existé pour ne pas avoir à vivre ça. Je ne voulais plus qu’une chose. C’est qu’on l’enlève au plus vite de mon utérus. Cet effet d’être un cercueil n’était simplement pas gérable pour moi.

Je voulais oublié ça au plus vite. Comme si elle n’avait pas existé. Au fond de moi, je me disais que j’aurais vite un autre enfant pour oublier tout ça. Que ce n’était pas grave. Que je ferais comme si de rien était.

Au jour d’aujourd’hui, je culpabilise beaucoup de la façon dont j’ai réagi. J’ai honte d’avoir été une aussi mauvaise maman pour elle.

Tout s’est passé très vite… Très peu de temps après m’avoir dit que j’allais être déclenchée, il n’en était plus question.

Les médecins avaient eu mes résultats. Le verdict est tombé. J’ai une prééclempsie.

À cause de cette prééclempsie, j’ai eu un décollement placentaire. Ce qui a provoqué chez moi une hémorragie interne. C’est ce décollement placentaire qui a tué notre fille. Elle n’a plus été irriguée ni oxygénée.

Suite à ces résultats, et au vu de la quantité de sang que je perds. Ils m’amènent au bloc pour une césarienne en toute urgence.

Sur le moment l’idée d’une césarienne me soulage. Je ne m’imaginais tellement pas mettre au monde par voie naturelle un bébé mort. Mon bébé mort.

Je ne me rappelle que d’un seul moment au bloc, celui de mon arrivée. Beaucoup de monde s’agitant autour de moi, une lumière blanche intense. Nue allongée sur la table du bloc opératoire, je me rappelle mettre dit dans ma tête. Voilà une raison de n’être plus pudique, au vu du nombre de personne me voyant nue à cet instant. Comme si ces tous petits tracas du quotient n’avais plus aucune importance après tout ça. Et pourtant dieu sait que je suis pudique.

Je ne me rappelle plus rien de ma césarienne puisque j’étais sous narcose complète.

À mon réveil, je n’ai que peu de souvenir. Je ne sais pas trop où je suis. Mes parents sont là. L’ambiance est bizarre et mon attitude sereine. Toujours aucune réaction. Je demande à ma maman de bien vouloir prévenir mon chef de la situation et si elle peut lui demander si il peut prolonger les délais de postulation pour un post auquel je comptais postuler avant mon hospitalisation.

Les médecins viennent me voir. Et m’informe de ce qu’il s’est passé. J’ai perdu vraiment beaucoup de sang et ait reçu une transfusion. Ils m’expliquent qu’ils ont fait ce qu’ils pouvaient pour arrêter les saignements. Durant leur explications ils constatent qu’encore beaucoup de sang s’écoulent de mes dreins.

Puis ils prennent la décision qu’au vu des résultats et des saignements il va falloir me réopérer de suite. Qu’on ne peut pas prendre le risque d’attendre plus longtemps.

Le chirurgien m’explique qu’il y a de fort risque pour que l’on m’enlève mon utérus pour me sauver et qu’ils ne prendront aucun risque.

A ce moment là je leur demande de tout faire pour sauver mon utérus. Pour moi il est hors de question de vivre sans. Je ne peux pas l’imaginer. J’insiste longuement.

Je repars donc au bloc opératoire. Ma vie ne tient plus qu’à un fil mais j’avoue ne pas m’en rendre compte. J’ai l’impression d’être déjà morte avec ma fille.

Rien ne se passe comme ils voudraient, ils doivent m’intuber mais les médecins n’y arrivent pas. Du liquide vient se loger dans mes poumons et ma trachée est rétrécit à cause des œdèmes provoqués par ma prééclempsie.

Ils arrivent finalement tant bien que mal à m’intuber avec un tube pour enfant.

À mon réveil, je panique, je ne peux plus parler, je ne sais pas du tout où je suis. Je suis seule.

Me voilà aux soins intensifs. Quelques heures après mon réveil, les médecins reviennent me voir. Ils m’informent de ce qui s’est passé. Mes poumons ont en pris un coup et mes reins ont une légère insuffisance rénale qu’il faudra surveiller.

Je demande de quoi écrire en mimant le geste. Ma première question concerne mon utérus. Ont-ils réussis à le sauver comme je leur avais demandé.

La réponse est oui. J’ai toujours mon utérus. Je suis toujours une femme…

Le reste du récit de mon hospitalisation dans mon futur article : Mon séjour à l’hôpital

Claire L.

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2 réflexions sur “Mon accouchement

  1. écrire ton histoire, son histoire, votre histoire quelle belle idée, partager tes sentiments, toi la si pudique, je suis touchée de sentir tes émotions, et je sais aussi que tes écrits te seront importants, comme ils le seront pour tous ceux qui autour ne « comprennent » pas. Continue d’écrire ton histoire, son histoire, votre histoire.

    Aimé par 1 personne

    • Ce besoin d’enfin m’exprimer a pris une place si grande que je ne peux pas garder tout ça pour moi. Besoin d’être lue, peut-être comprise et surtout soutenue. Merci à toi pour tout. D’avoir été là et de l’être encore et toujours. Je sais que tu me lis et ça me touche beaucoup.

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